Sur un trottoir encore tiĂšde de la veille, quelque part dans le 11e arrondissement, une file se forme devant un petit salon de manucure. Dans la lumiĂšre laiteuse du matin, les silhouettes se ressemblent Ă peine, pourtant un dĂ©tail les relie dĂ©jĂ toutes : des joues rosĂ©es qui tirent vers le corail, des lĂšvres glossĂ©es façon pulpe de fruit tropical, et ce halo de lumiĂšre sur la peau que les filtres TikTok copient sans jamais vraiment lâatteindre. Ce nâest pas un dĂ©filĂ©, ce nâest pas un tournage, câest une scĂšne ordinaire de la ville qui a glissĂ©, presque sans prĂ©venir, dans lâesthĂ©tique guava girl. Lâair sent le cafĂ©, la laque lĂ©gĂšre et les parfums fruitĂ©s, comme si un morceau de jungle avait dĂ©cidĂ© dâĂ©lire domicile au coin de la rue. LâĂ©tĂ© se lit alors moins sur le thermomĂštre que sur les visages : une fille aprĂšs lâautre, le rose-goayave devient un langage silencieux, une façon de dire âje veux la douceur sans renoncer Ă la forceâ. Sous ces nuances apparemment sucrĂ©es se joue autre chose quâun simple engouement beautĂ© : une nĂ©gociation entre jeunesse, dĂ©sir de lĂ©gĂšretĂ© et besoin de se protĂ©ger derriĂšre une lumiĂšre artificiellement naturelle.
Ă observer cette procession de visages âpulpeuxâ, la tendance guava ne ressemble ni Ă ces modes criardes qui saturent lâĆil, ni Ă ces looks nude qui effacent tout. Elle se place dans un entre-deux calculĂ©, oĂč la couleur semble sortie tout droit dâune sieste au soleil plutĂŽt que dâun rayon maquillage. La rĂ©fĂ©rence au fruit tropical nâest pas quâun gimmick marketing : la goyave convoque la chaleur des Ăźles, la moiteur de la jungle, la promesse dâune santĂ© robuste, presque instagrammable. Pourtant, derriĂšre ce rose corail supposĂ©ment candide, se lit aussi lâinfluence dâune industrie qui orchestre le dĂ©sir collectif, et dâune gĂ©nĂ©ration qui recycle les codes âglowyâ pour en faire un manifeste de douceur revendiquĂ©e. La guava girl nâest ni une pin-up rĂ©tro ni une muse minimaliste : elle se tient quelque part entre plage fantasmĂ©e et trottoir urbain, entre nature exotique et Ă©clairage nĂ©on. Câest lĂ , dans cette tension, que la tendance mĂ©rite dâĂȘtre lue.
- đ Guava girl : une esthĂ©tique rose-corail inspirĂ©e de la pulpe de goyave, entre soleil et douceur assumĂ©e.
- đŽ Un imaginaire exotique : rĂ©fĂ©rences Ă lâAmĂ©rique latine, Ă la jungle et Ă une joie de vivre âbadaladaâ.
- đ Un maquillage structurĂ© : teint glowy, blush corail, lĂšvres glossĂ©es, lumiĂšre ciblĂ©e sur les points hauts du visage.
- đ Une grammaire de lâĂ©tĂ© : une façon de porter la chaleur, mĂȘme en ville, comme une extension de la peau.
- đ§ Un geste culturel : derriĂšre la tendance, un discours sur la jeunesse, la vulnĂ©rabilitĂ© et la force tranquille.
Guava girl : comment un fruit tropical a pris le pouvoir sur les visages
La vague guava girl ne naĂźt pas dans un laboratoire de cosmĂ©tique mais sur un Ă©cran vertical, celui oĂč dĂ©filent en boucle des vidĂ©os de 15 secondes. Sur TikTok, une crĂ©atrice brĂ©silienne, Ana Luiza, apparaĂźt un matin avec des joues couleur goyave, des paupiĂšres lĂ©gĂšrement glossĂ©es et un bandeau blanc qui tranche sur sa peau dorĂ©e. Elle parle de chaleur, de farniente, de cette paresse chic oĂč lâon ne fait presque rien mais oĂč tout est parfaitement orchestrĂ©. En arriĂšre-plan, un bol de vĂ©ritables goyaves, ouvertes, laisse apparaĂźtre cette chair rose qui oscillle entre le pĂȘche et le corail. Lâimage devient virale en quelques jours. Le mot âguavaâ sâĂ©chappe du bol pour sâaccrocher au maquillage.
Les marques suivent trĂšs vite. Un gloss âPink Guava Splashâ ici, un blush âPulpe de Goyaveâ lĂ , des brumes parfumĂ©es qui promettent dâenrober la peau dâun voile exotique âcomme sous les tropiquesâ. Mais lâhistoire ne se limite pas Ă une avalanche de lancements. Dans les bureaux parisiens dâune grande maison de maquillage, une coloriste, Sofia Mendes, raconte comment la goyave sâest imposĂ©e au moodboard de la saison Ă©tĂ©. Sur les murs, des photos de marchĂ©s dâAmĂ©rique latine, des Ă©tals de fruits, des tissus rose orangĂ© qui captent la lumiĂšre comme une fin de journĂ©e. Le rose-goayave est choisi prĂ©cisĂ©ment parce quâil semble vivant, presque organique, loin des roses Barbie ou des rouges trop dĂ©claratifs.
Ă lâorigine de cet imaginaire, il y a la gĂ©ographie du fruit lui-mĂȘme. La goyave, souvent cueillie dans des jardins qui bordent la jungle, porte en elle un double rĂ©cit : celui dâune nature gĂ©nĂ©reuse, presque sauvage, et celui dâune douceur sucrĂ©e que lâon cueille sans effort. Ce double rĂ©cit se transpose sur le visage. Une fille guava nâaffiche pas un trait de liner agressif ni une bouche ultra-dĂ©limitĂ©e ; elle suggĂšre une chaleur intĂ©rieure qui remonte Ă la surface, comme une circulation sanguine lĂ©gĂšrement accĂ©lĂ©rĂ©e aprĂšs une danse ou une baignade.
Le parallĂšle avec dâanciennes obsessions fruitĂ©es nâest pas anodin. Le âStrawberry Makeupâ avait servi dâhommage Ă une idĂ©e romantique de la campagne, le âCherry Makeupâ jouait la sensualitĂ© presque vintage. La guava, elle, sort des clichĂ©s europĂ©ens. Elle convoque lâAmĂ©rique latine, ses fĂȘtes, sa âbuena ondaâ, cette Ă©nergie dĂ©crite par la maquilleuse mexicaine Lila Ortiz comme âun sourire qui survit mĂȘme Ă la fatigueâ. Cette fois, la tendance ne copie pas seulement une nuance ; elle emprunte un Ă©tat dâesprit, un rapport Ă la lumiĂšre, une vision de la santĂ© oĂč la peau qui brille un peu nâest plus une faute mais une preuve de vie.
Cette appropriation pose pourtant question. Quand un fruit enracinĂ© dans des territoires prĂ©cis devient le totem dâune esthĂ©tique globale, que gagne-t-on et que perd-on en chemin ? Dans les rues de Paris ou de SĂ©oul, la guava girl porte une AmĂ©rique latine filtrĂ©e, Ă©dulcorĂ©e, traduite en packaging pastel. Reste, malgrĂ© tout, une vĂ©ritĂ© obstinĂ©e : le besoin de rĂ©introduire de la chaleur, de la pulpe, du vivant lĂ oĂč le maquillage a longtemps voulu lisser, matifier, Ă©teindre. Câest cette pulsation discrĂšte qui fait du rose-goayave autre chose quâune amusante lubie.

Maquillage guava girl : anatomie dâun visage pulpeux
DerriĂšre chaque look guava girl, il y a une architecture prĂ©cise, presque chorĂ©graphiĂ©e, qui se joue pourtant dans des gestes trĂšs simples. Dans un studio parisien, la maquilleuse Marianne Lecoq reçoit des clientes qui prononcent âgouavaâ avec une lĂ©gĂšre hĂ©sitation, comme si le mot lui-mĂȘme Ă©tait encore trop neuf pour la bouche francophone. Sur sa table, une ligne de produits dans des teintes qui se rĂ©pondent : pĂȘches lumineux, corails transparents, roses tiĂšdes, highlighters champagne et dorĂ©s. Le script de la guava girl commence toujours par la lumiĂšre.
La base nâest pas un masque mais une peau mĂȘlĂ©e de soin et dâenlumineur. Marianne mĂ©lange parfois une crĂšme hydratante lĂ©gĂšre avec une goutte de fluide irisĂ© dorĂ© ou rosĂ©, selon la carnation. Lâobjectif nâest pas de gommer chaque pore, mais de simuler cette brillance saine qui apparaĂźt aprĂšs un aprĂšs-midi au soleil sans excĂšs. Sur cette toile, le blush devient le vĂ©ritable narrateur. Il se pose haut sur les pommettes, remonte lĂ©gĂšrement vers les tempes, crĂ©ant un chemin de couleur qui sculpte sans agressivitĂ©. Dans sa bouche de professionnelle, les mots âpeche clairâ, âcorail douxâ ou ârose vifâ prennent des accents presque gastronomiques.
Les yeux, eux, reprennent cette mĂȘme gamme. PlutĂŽt que dâajouter une palette supplĂ©mentaire, Marianne dĂ©tourne le blush lui-mĂȘme en fard Ă paupiĂšres, caressĂ© sur la paupiĂšre mobile. Un soupçon dâenlumineur glissĂ© au coin interne de lâĆil et sous lâarcade sourciliĂšre suggĂšre un regard rĂ©veillĂ©, mĂȘme aprĂšs une courte nuit. Le mascara, souvent brun plutĂŽt que noir, garde la douceur au premier plan. Aucun cut-crease spectaculaire, aucun smoky eyes dramatique : la guava girl se lit dans ce refus du spectaculaire au profit du diffus.
Sur la bouche, le gloss rĂšgne, mais pas nâimporte lequel. Les teintes sâapprochent de la pulpe de goyave, entre rose et orangĂ©, parfois Ă peine teintĂ©es. Une encre Ă lĂšvres peut servir de base, floutĂ©e du bout des doigts, avant dâĂȘtre recouverte dâune couche brillante qui rappelle les tranches de fruit juteux. Le rĂ©sultat a quelque chose de volontairement inachevĂ©, comme si la couleur pouvait encore bouger. Cette mobilitĂ© participe du charme : le visage semble vivant, susceptible de changer au fil de la journĂ©e.
| Zone du visage đ | Teintes guava girl recommandĂ©es đ | Effet recherchĂ© âš |
|---|---|---|
| Teint | Base lumineuse, sous-ton chaud, lumiÚre champagne | Aspect santé, peau fraßche et légÚrement ensoleillée |
| Joues | Rose-corail, pĂȘche, abricot façon pulpe de fruit tropical | Douceur solaire, effet âretour de plageâ sans bronzer |
| Yeux | Blush réutilisé, reflets dorés ou rosés subtils | Regard attendri, lumiÚre diffuse inspirée de la nature |
| LÚvres | Gloss rosé-corail, encre légÚrement orangée | Bouche pulpeuse, écho direct à la goyave juteuse |
Chaque choix chromatique dĂ©pend aussi de la carnation. Sur une peau claire, les teintes pĂȘches diluĂ©es et les roses pastels Ă©vitent lâeffet âcoup de soleilâ. Sur une carnation moyenne, les corails et abricots gagnent en intensitĂ©, dialoguent naturellement avec des highlighters dorĂ©s. Sur une peau foncĂ©e, lâorange brĂ»lĂ©, le fuchsia chaud, le cuivrĂ© prennent une puissance presque sculpturale. La guava girl nâest pas rĂ©servĂ©e Ă un seul phototype ; elle se dĂ©cline, se traduit, refuse le monochrome universel qui a longtemps dominĂ© la beautĂ© occidentale.
Ce visage pulpeux, malgrĂ© sa technicitĂ© discrĂšte, semble chuchoter une seule chose : la chaleur peut rester tendre. Dans un paysage oĂč le contouring tranchĂ© et les lĂšvres sur-dessinĂ©es ont longtemps imposĂ© une forme de duretĂ©, la guava girl installe une autre hiĂ©rarchie. La structure existe toujours, mais elle se cache derriĂšre la lumiĂšre et la couleur, comme une architecture dissimulĂ©e sous une vĂ©gĂ©tation luxuriante de jungle. Câest ce dĂ©placement qui fait du maquillage guava une petite rĂ©volution feutrĂ©e.
Teint, carnation, cheveux : quand la guava girl rencontre le salon de coiffure
Dans un salon de coiffure-visagisme Ă Lyon, la tendance guava girl ne se limite plus aux trousses de maquillage. Camille, coloriste et coiffeuse, a vu dĂ©barquer des clientes avec des moodboards oĂč les cheveux se teintent de rose pĂȘche, de blond abricot, ou simplement se parent de reflets chauds pour dialoguer avec ce fameux blush pulpeux. Le fruit sâinvite sur les longueurs. LâĂ©tĂ© ne se contente plus dâun effet âmĂ©chĂ© soleilâ, il rĂ©clame une cohĂ©rence chromatique entre peau, lĂšvres, regard et chevelure.
La question de la carnation devient alors centrale. Camille explique comment le guava look se pense en binĂŽme : teint et cheveux. Sur une peau claire, une nuance blond fraise ou blond vanille lĂ©gĂšrement rosĂ© va accompagner un maquillage pĂȘche sans lâĂ©craser. Sur une carnation mĂ©dium, des reflets caramel-cuivrĂ©s installent une continuitĂ© visuelle avec des joues corail. Sur une peau foncĂ©e, les tons acajou lumineux, les bruns chocolat Ă©picĂ©s, voire des mĂšches cuivre profondes construisent un Ă©cho sophistiquĂ© au gloss rose-orangĂ©e.
Dans ce salon, chaque transformation raconte une maniĂšre spĂ©cifique dâhabiter lâĂ©tĂ©. Il y a MĂ©lanie, 19 ans, qui sort du bac avec un carrĂ© wavy cuivrĂ©, les joues guava et un piercing discret au nez. Elle parle dââavoir lâair en vacances mĂȘme en travaillant en juilletâ. Ă lâinverse, Soraya, cadre trentenaire, ne veut presque aucun changement de coupe ; elle demande seulement une patine plus chaude et un accompagnement maquillage pour ses soirĂ©es en terrasse. Leur point commun : lâenvie de paraĂźtre reposĂ©es, lumineuses, sans cĂ©der Ă lâĂ©puisement de looks trĂšs construits.
Le cuir chevelu et la peau se rejoignent aussi sur un autre terrain, celui des soins. La guava girl, telle que la dĂ©crivent les coiffeurs, cherche la brillance contrĂŽlĂ©e, pas la graisse subie. Les rituels capillaires se rapprochent des routines skin care : sĂ©rums lĂ©gĂšrements parfumĂ©s au fruit tropical, protections UV pour prolonger la couleur, masques nourrissants qui promettent autant de santĂ© pour les longueurs que pour lâĂ©piderme. La brillance devient un code social : maĂźtrisĂ©e, elle raconte lâattention portĂ©e Ă soi, proche de la nature sans en subir le chaos.
- đș Blonds guava : nuances vanille rosĂ©e ou pĂȘche pour accompagner les peaux claires.
- đ Bruns solaires : reflets caramel, miel, cuivre pour intensifier lâaura corail des peaux mĂ©dium.
- đ° Bruns profonds : acajou, chocolat chaud, touches cuivrĂ©es pour magnifier les peaux foncĂ©es.
Dans cette articulation entre maquillage et cheveux, la guava girl devient un cas dâĂ©cole pour le visagisme. Le visage nâest plus la seule surface dâexpression ; la chevelure prolonge la palette, encadre la lumiĂšre, accentue ou adoucit les contrastes. Le mot âpulpeuxâ quitte les seuls contours des lĂšvres pour qualifier une impression globale. Quand MĂ©lanie sort du salon, sa silhouette respire cette sensualitĂ© tranquille qui ne cherche pas le regard mais lâaccueille si besoin. Câest lĂ que la tendance dĂ©passe le simple dĂ©coratif : elle fixe sur le corps une certaine idĂ©e de la douceur active.
Guava girl et culture de la jeunesse : une douceur qui nâest pas si innocente
Regarder la figure de la guava girl sans lâinscrire dans un rĂ©cit plus vaste de la jeunesse, serait manquer sa portĂ©e. Les rĂ©seaux sociaux ne la prĂ©sentent pas seulement comme une façon de se maquiller, mais comme un style de vie. Dans une vidĂ©o trĂšs partagĂ©e, trois amies se filment dans un appartement-terrasse Ă Lisbonne : shorts en lin, chemises oversize, verres de jus de fruit tropical, playlists bossa-nova remixĂ©e. Le maquillage guava, Ă peine mentionnĂ©, agit comme un fond permanent. La douceur visuelle devient un alibi pour une forme de dĂ©sinvolture revendiquĂ©e.
Ce rĂ©cit se dĂ©ploie dans un monde qui glorifie encore lâhyperproductivitĂ©. Afficher des joues roses comme aprĂšs la plage, alors que la journĂ©e sâest passĂ©e dans des open spaces, revient Ă faire un pied de nez discret Ă la fatigue. Le glow guava se pose comme une armure lumineuse, une maniĂšre de dire âtout va bienâ dans un contexte souvent saturĂ© dâangoisses climatiques, Ă©conomiques, sociales. La nature tropicale convoquĂ©e par ce rose corail tient presque du fantasme dâĂ©vasion permanente, une jungle domestiquĂ©e qui tiendrait sur 15 ml de blush.
Les sociologues de la mode y voient une continuation des esthĂ©tiques âclean girlâ et âstrawberry girlâ, mais avec un twist plus charnel. LĂ oĂč la clean girl valorisait le minimalisme beige, la guava girl revendique une couleur qui assume sa gourmandise. Cette gourmandise, pourtant, se doit de rester contrĂŽlĂ©e. Le corps ne dĂ©borde jamais : les joues sont pulpeuses, pas congestionnĂ©es ; les lĂšvres sont brillantes, pas collantes ; la peau irisĂ©e, pas grasse. Cette tension entre excĂšs suggĂ©rĂ© et maĂźtrise rĂ©elle renvoie Ă une injonction contemporaine : expĂ©rimenter, mais en restant socialement lisible, photogĂ©nique, partageable.
Des voix critiques, notamment en AmĂ©rique latine, rappellent que lâesthĂ©tique guava recycle des imaginaires locaux pour les redistribuer via un prisme eurocentrĂ©. Les marchĂ©s bruyants, les fĂȘtes populaires, la moiteur des nuits tropicales se retrouvent compressĂ©s en teintes âgoyave lightâ vendues Ă prix premium. Une journaliste brĂ©silienne rĂ©sumait ironiquement : âLe monde aime nos fruits, pas toujours nos rĂ©alitĂ©s.â Pourtant, la circulation nâest pas Ă sens unique. Des crĂ©atrices latinas sâemparent Ă leur tour du mot, injectent dans la guava girl plus de textures, de sueur, de brillance brute, refusant la tropicalisation Ă©dulcorĂ©e.
Dans ce va-et-vient, la figure de la fille se complexifie. La guava girl devient une hĂ©roĂŻne ambivalente : Ă la fois produit dâun algorithme et tentative, parfois naĂŻve, de reconnecter le visage Ă une forme de vitalitĂ©. Ses joues racontent autant le pouvoir des campagnes marketing que le dĂ©sir trĂšs humain de sentir la santĂ© circuler, mĂȘme de façon artificielle. La douceur quâelle met en scĂšne nâest plus forcĂ©ment docile ; elle se rapproche de cette tendresse combative qui consiste Ă sâaccorder du rĂ©pit, au moins en apparence, dans un paysage saturĂ© dâangles durs.
Et si la guava girl parlait dâautre chose que de maquillage ?
Au bout du compte, la guava girl ressemble moins Ă une lubie chromatique quâĂ une tentative de réécrire la relation entre visage et monde. Une cliente qui ressort dâun salon avec son blush goyave, ses cheveux adoucis, son gloss juteux, ne porte pas seulement les couleurs dâun fruit tropical. Elle emporte une petite fiction : celle dâun Ă©tĂ© permanent, dâune brise chaude qui la suivrait jusque dans les couloirs climatisĂ©s des bureaux ou les rames surchargĂ©es du mĂ©tro. Dans le miroir, cette fiction a une texture, une lumiĂšre, un volume prĂ©cis.
Le succĂšs de cette esthĂ©tique tient peut-ĂȘtre au fait quâelle mĂ©nage un espace intermĂ©diaire. Ni transformation radicale ni retour au âno make upâ, elle suggĂšre que la beautĂ© peut rester une conversation douce avec soi-mĂȘme. Les rĂ©fĂ©rences Ă la jungle, Ă la nature gĂ©nĂ©reuse, sâinvitent sur la peau sans exiger de changement de vie spectaculaire. Une guava girl peut parfaitement vivre au cĆur dâune mĂ©tropole, travailler dans la tech ou dans une pharmacie de quartier, et porter sur son visage un rappel discret de mondes plus chauds.
Dans le champ de la coiffure-visagisme, cette tendance agit comme un rappel de vocation. Les professionnels qui sculptent cheveux et traits du visage ne crĂ©ent pas seulement des looks, ils organisent des rĂ©cits. Quand un coiffeur ajuste une frange pour rĂ©vĂ©ler un highlighter goyave, quand une coloriste choisit un reflet pĂȘche plutĂŽt que cendrĂ©, ils arbitrent entre ombre et lumiĂšre, entre retrait et apparition. La guava girl donne un vocabulaire prĂ©cis Ă ce travail de mise au monde douce, oĂč lâon cherche moins Ă cacher quâĂ traduire.
Alors, que dit finalement ce rose corail appliquĂ© sur des gĂ©nĂ©rations entiĂšres de joues et de paupiĂšres ? Il murmure quâil existe encore des façons dâĂȘtre visible sans hurler, sensuelle sans se raidir, lumineuse sans ĂȘtre aveuglante. Il rappelle que la douceur nâa rien dâun renoncement lorsquâelle sâaffirme comme choix esthĂ©tique, presque politique. Et dans ce murmure, ce ne sont plus seulement des filles en quĂȘte de tutoriels qui se reconnaissent, mais tous ceux et celles qui pressentent quâun peu de pulpe sur le visage peut parfois raconter plus de choses sur une Ă©poque quâun discours tout entier.
La tendance guava girl convient-elle Ă toutes les carnations ?
Oui, lâesthĂ©tique guava girl sâadapte Ă une grande variĂ©tĂ© de carnations. Sur les peaux claires, les teintes pĂȘche, rose doux et champagne crĂ©ent un effet fraĂźcheur. Les carnations mĂ©dium gagnent en Ă©clat avec des corails, abricots et dorĂ©s plus affirmĂ©s. Les peaux foncĂ©es rĂ©vĂšlent toute la puissance du look avec des oranges intenses, des roses vifs et des highlighters dorĂ©s ou cuivrĂ©s. Lâenjeu consiste moins Ă copier une teinte exacte de goyave quâĂ trouver, dans la famille des roses-corail, celle qui prolonge naturellement la lumiĂšre de la peau.
Comment adopter un maquillage guava discret au quotidien ?
Pour une version plus douce, le cĆur du look repose sur deux produits : un blush guava et un enlumineur. Quelques touches de pĂȘche ou de corail sur les pommettes, estompĂ©es vers lâextĂ©rieur, suffisent Ă installer la chaleur. Un voile de lumiĂšre champagne ou dorĂ© sur le haut des joues et le coin interne de lâĆil suggĂšre lâĂ©clat sans transformer le visage. Un baume Ă lĂšvres lĂ©gĂšrement rosĂ© complĂšte lâensemble. Le rĂ©sultat reste compatible avec un environnement professionnel tout en portant ce sous-texte estival et gourmand.
Quelle coiffure sâaccorde le mieux Ă lâesthĂ©tique guava girl ?
Les coupes qui respirent le mouvement dialoguent particuliĂšrement bien avec lâesthĂ©tique guava girl. CarrĂ©s wavy, longueurs souples, franges aĂ©riennes encadrent un visage glowy sans lâalourdir. CĂŽtĂ© couleur, des reflets chauds â vanille rosĂ©e, caramel, miel, acajou lumineux â prolongent la palette du maquillage. Lâobjectif nâest pas de tout assortir, mais de crĂ©er une continuitĂ© entre la chaleur du teint et celle de la chevelure, comme si la lumiĂšre circulait librement de la peau aux pointes.
La tendance guava girl est-elle uniquement estivale ?
Elle sâest imposĂ©e comme un manifeste de lâĂ©tĂ©, mais son vocabulaire peut survivre aux saisons. En automne-hiver, les mĂȘmes teintes guava se concentrent sur le teint, avec des textures plus crĂ©meuses et un glow lĂ©gĂšrement attĂ©nuĂ© pour contraster avec la lumiĂšre froide. Sur les lĂšvres, les gloss peuvent laisser place Ă des rouges Ă lĂšvres satinĂ©s corail ou bois de rose. Lâesprit reste le mĂȘme : garder cette impression de chaleur intĂ©rieure, mĂȘme quand les tempĂ©ratures extĂ©rieures chutent.
Que révÚle le succÚs de la guava girl sur notre rapport à la beauté ?
Lâengouement pour la guava girl signale un dĂ©sir collectif de douceur visible, mais maĂźtrisĂ©e. Dans un contexte saturĂ© de performances et dâimages trĂšs travaillĂ©es, cette esthĂ©tique propose une alternative : un visage qui semble revenu dâune sieste au soleil plutĂŽt que dâune sĂ©ance de retouches numĂ©riques. Le choix dâun fruit tropical, associĂ© Ă la nature, Ă la jungle et Ă la santĂ©, montre aussi une volontĂ© de renouer symboliquement avec quelque chose de plus vivant. La beautĂ© devient alors moins un masque quâun rĂ©cit lumineux que lâon ajuste chaque matin.
Signé Manuel Vasquez
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