— 25 mai 2026 · ActualitĂ©s —

Marcelle Poirriez, l’agente de la CACEM dont le dĂ©cĂšs a bouleversĂ© la Martinique

La trajectoire de Marcelle Poirriez CACEM Martinique ressemble d’abord Ă  une scĂšne volĂ©e un matin sur le boulevard du GĂ©nĂ©ral de Gaulle, quand les bus dĂ©marrent lentement et que la lumiĂšre accroche les façades pastel. Dans cette collectivitĂ© souvent dĂ©crite Ă  travers ses crises, une femme a patiemment tissĂ© des liens, projet aprĂšs projet, entre les quartiers de Fort-de-France, les mornes de Saint-Joseph, les zones d’urbanisme du Lamentin et les rues cĂŽtiĂšres de SchƓlcher. Son nom circule dans les couloirs administratifs, mais surtout dans les conversations des artisans, des Ă©ducateurs et des associations de quartier, comme une prĂ©sence discrĂšte qui a changĂ© la texture du quotidien sans jamais occuper le devant de la scĂšne.

L’histoire de Marcelle Poirriez Ă  la CACEM n’est pas celle d’une technicienne isolĂ©e derriĂšre des dossiers. C’est celle d’un regard posĂ© sur une Ăźle caribĂ©enne qui refuse d’ĂȘtre rĂ©duite Ă  des clichĂ©s touristiques, et qui se pense comme un territoire complexe, traversĂ© par les mĂ©moires, les fractures sociales et les dĂ©sirs de futur. Gestion culturelle, dĂ©veloppement durable, urbanisme et inclusion sociale ne sont pas pour elle des cases administratives, mais des fils entremĂȘlĂ©s d’une mĂȘme trame. Quand son dĂ©cĂšs brutal, le 23 aoĂ»t 2024, frappe la Martinique, ce n’est pas seulement une page de carriĂšre qui se tourne, c’est une certaine maniĂšre d’habiter le service public qui se trouve mise Ă  nu.

En bref 💡

Marcelle Poirriez CACEM Martinique : une prĂ©sence au cƓur du territoire

Le portrait de Marcelle Poirriez s’éclaire en observant son point de dĂ©part : une femme de 52 ans, native de Fort-de-France, formĂ©e Ă  la gestion culturelle et nourrie des rythmes du vaval comme des pages de littĂ©rature crĂ©ole. Dans une administration souvent accusĂ©e de froideur, elle introduit autre chose qu’un simple savoir-faire technique : une maniĂšre de lire les visages, les quartiers, les silences, comme un coiffeur-visagiste lit un crĂąne, une implantation, un regard. LĂ  oĂč certains tracent des lignes sur des cartes, elle perçoit des circulations de mĂ©moire et de dĂ©sir.

Quand elle rejoint la CACEM au dĂ©but des annĂ©es 2000, la CommunautĂ© d’AgglomĂ©ration du Centre de la Martinique n’a pas encore acquis cette image de laboratoire d’innovation sociale que lui attribuent, des annĂ©es plus tard, plusieurs observateurs caribĂ©ens. La collectivitĂ© coordonne dĂ©jĂ  l’urbanisme, l’assainissement, la gestion des dĂ©chets, mais l’échelle intercommunale peine encore Ă  exister dans l’imaginaire des habitants. Marcelle Poirriez va contribuer Ă  donner un visage Ă  cette Ă©chelle abstraite, non pas Ă  coups de slogans, mais par une accumulation de petites preuves concrĂštes.

Ses collĂšgues dĂ©crivent une rigueur presque ascĂ©tique, combinĂ©e Ă  une disponibilitĂ© qui frĂŽle l’invraisemblable. Une rĂ©union qui dĂ©rape, un conflit entre associations, un Ă©lu agacĂ© par un retard de chantier : elle arrive, Ă©coute, reformule, et la tension retombe. Ce n’est pas du charisme spectaculaire, c’est une autoritĂ© basse, qui passe par la prĂ©cision des mots et la capacitĂ© sincĂšre Ă  reconnaĂźtre les peurs derriĂšre les prises de position. Dans une Ăźle oĂč l’histoire coloniale a longtemps fabriquĂ© la mĂ©fiance envers l’institution, ce type de prĂ©sence transforme la relation Ă  la collectivitĂ©.

La force de son approche tient aussi Ă  ce qu’elle ne sĂ©pare jamais les quatre communes de la CACEM. Fort-de-France la capitale, SchƓlcher la façonnĂ©e par le littoral, Le Lamentin marquĂ© par les zones d’activitĂ©s et l’aĂ©roport, Saint-Joseph plus rĂ©sidentiel et verdoyant : pour beaucoup, ces espaces obĂ©issent Ă  des logiques diffĂ©rentes. Pour elle, ils composent une seule histoire urbaine, faite de bus qui traversent, de salariĂ©s qui se dĂ©placent, de familles Ă©clatĂ©es sur plusieurs communes. Chaque projet devient alors une maniĂšre de recoudre ces fragments, par le dĂ©veloppement Ă©conomique, par les transports, par la culture.

Quand la nouvelle de sa mort se rĂ©pand, le 23 aoĂ»t 2024, c’est d’abord ce lien invisible qui apparaĂźt brutalement au grand jour. Les messages qui affluent ne citent pas que des chiffres ou des plans d’amĂ©nagement, mais parlent d’une oreille, d’un rendez-vous pris tard le soir, d’une parole tenue. Dans un service public souvent attaquĂ©, voir tant d’émotion rappelle qu’une collectivitĂ© se tient aussi par des figures qui incarnent sa continuitĂ© affective. Cette premiĂšre lecture, intime, ouvre la voie Ă  une analyse plus large de ses chantiers.

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Parcours et engagement territorial : une trajectoire au service du développement martiniquais

Le parcours de Marcelle Poirriez CACEM Martinique ressemble Ă  un escalier construit palier par palier, oĂč chaque poste Ă©largit son rayon d’action sans jamais la couper du terrain. DiplĂŽmĂ©e en gestion culturelle, elle commence par concevoir des Ă©vĂ©nements modestes, expositions collectives d’artistes martiniquais dans des salles encore peu frĂ©quentĂ©es. TrĂšs vite, ces projets rĂ©vĂšlent un parti pris : articuler le sensible et le stratĂ©gique. Un vernissage devient aussi un espace de dĂ©bat sur l’occupation de l’espace public, sur la mĂ©moire d’un quartier en transformation.

Au fil du temps, sa fiche de poste se remplit de mots qui, ailleurs, peinent parfois Ă  cohabiter : amĂ©nagement du territoire, inclusion sociale, patrimoine immatĂ©riel, dĂ©veloppement Ă©conomique. Elle n’oppose pas ces champs, elle les superpose. Un exemple revient souvent dans la bouche de ses collaborateurs : le travail sur les marchĂ©s d’artisanat local. Sur le papier, il s’agit d’animation Ă©conomique. Dans sa logique Ă  elle, ces marchĂ©s deviennent aussi des baromĂštres sociaux et des lieux de reconquĂȘte des centres-villes, oĂč l’urbanisme se vit Ă  hauteur de stand.

Cette vision hybride se retrouve dans les chiffres qui jalonnent son action. Plus de 120 porteurs de projets accompagnĂ©s pour structurer un artisanat responsable, 80 exposants rĂ©guliers, 3 500 visiteurs sur certains Ă©vĂ©nements marchands. DerriĂšre ces nombres, des trajectoires : une couturiĂšre du Lamentin qui transforme des tissus madras en piĂšces contemporaines, un jeune de Saint-Joseph qui lance une gamme de cosmĂ©tiques Ă  base de plantes locales, un collectif de musiciens de Fort-de-France qui professionnalise sa diffusion. L’entrepreneuriat devient un outil de dignitĂ© territoriale.

Pour saisir la singularitĂ© de sa dĂ©marche, il suffit de regarder un tableau souvent citĂ© en interne, qui croise domaines d’intervention et impacts mesurĂ©s.

Domaine d’intervention 🌐 Actions structurantes đŸ› ïž Impact sur le territoire 📊
Énergies renouvelables Installation de panneaux photovoltaĂŻques sur bĂątiments publics Jusqu’à 200 kW installĂ©s en 3 ans, rĂ©duction de la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique
Formation professionnelle Programme autour des mĂ©tiers des Ă©nergies vertes 300 Ă  350 professionnels formĂ©s, montĂ©e en compĂ©tences locale đŸ’Œ
Gestion des dĂ©chets Campagnes de tri sĂ©lectif coordonnĂ©es sur la CACEM Progression du tri estimĂ©e Ă  35 Ă  40 %, changement des pratiques ♻
Actions Ă©ducatives Centres d’accompagnement pour enfants dĂ©favorisĂ©s Environ 200 Ă  220 enfants suivis chaque annĂ©e 🎒

Ce tableau raconte moins une performance qu’une cohĂ©rence. Les projets ne s’additionnent pas, ils dialoguent. Les formations aux Ă©nergies renouvelables rejoignent les chantiers d’urbanisme; les actions sociales croisent les Ă©vĂ©nements culturels; les campagnes de tri parlent autant d’écologie que de respect du voisinage. Dans une Ăźle caribĂ©enne aux ressources limitĂ©es et exposĂ©e aux alĂ©as climatiques, cette cohĂ©rence vaut autant qu’un plan stratĂ©gique formel.

À mesure que sa carriĂšre avance, Marcelle Poirriez devient aussi une rĂ©fĂ©rence silencieuse en matiĂšre de leadership fĂ©minin dans la fonction publique martiniquaise. Elle n’affiche pas de discours grandiloquent sur la paritĂ©, mais sa maniĂšre d’occuper l’espace, de nĂ©gocier avec les Ă©lus, de tenir tĂȘte sans brutaliser, compose un modĂšle observĂ© par toute une gĂ©nĂ©ration de jeunes cadres, femmes et hommes. LĂ  encore, l’impact se mesure autant dans les carriĂšres inspirĂ©es que dans les lignes budgĂ©taires adoptĂ©es.

Cette façon de tisser les dimensions Ă©conomiques, sociales et culturelles prĂ©pare le terrain pour un autre pan majeur de son action : la culture comme colonne vertĂ©brale de l’amĂ©nagement du territoire martiniquais.

Culture, mémoire et urbanisme : quand la CACEM devient scÚne caribéenne

La culture, dans le travail de Marcelle Poirriez CACEM Martinique, n’est jamais un supplĂ©ment d’ñme venu enjoliver un schĂ©ma d’urbanisme dĂ©jĂ  dĂ©cidĂ©. Elle fonctionne plutĂŽt comme un rĂ©vĂ©lateur, qui met en lumiĂšre ce que les plans, les zonages, les rĂšglements d’occupation du sol ne disent pas. Quand la CACEM soutient en 2002 une premiĂšre grande exposition d’artistes martiniquais, il s’agit dĂ©jĂ  de poser une question : Ă  qui appartiennent les murs, les places, les façades oĂč ces Ɠuvres trouvent place, mĂȘme temporairement ?

Son projet le plus emblĂ©matique reste sans doute le festival « Racines et RĂ©sonances », lancĂ© en 2015. Officiellement, un rendez-vous artistique de plus dans le calendrier caribĂ©en. En profondeur, un outil de nĂ©gociation identitaire. 30 000 participants annuels, des ateliers de danse bĂšlĂš, de gwo ka voisin, de slam crĂ©ole, des concerts qui font dialoguer zouk, jazz et trap. Le festival occupe des espaces publics que l’urbanisme classique rĂ©serve parfois au transit ou au stationnement, et les convertit en lieux de rĂ©cit partagĂ©.

Dans ce cadre, les ateliers de danse et de musique traditionnelle qui mobilisent plus de 200 jeunes chaque annĂ©e prennent une dimension politique. Une adolescente de SchƓlcher qui apprend un pas de danse transmis par une aĂŻeule de Saint-Joseph ne fait pas que dĂ©couvrir un geste; elle redessine pour elle-mĂȘme la carte du centre martiniquais. Le territoire cesse d’ĂȘtre une suite de communes pour devenir un espace de transmission, oĂč l’urbanisme s’écrit en rythme autant qu’en bĂ©ton.

Le volet patrimonial prolonge cette dĂ©marche. La restauration de 12 cases crĂ©oles classĂ©es entre 2018 et 2024 est souvent prĂ©sentĂ©e comme une opĂ©ration de sauvegarde. Elle agit aussi comme une critique implicite des logiques de dĂ©molition-reconstruction qui effacent la mĂ©moire bĂątie des quartiers populaires. En restaurant ces maisons, la CACEM rappelle que l’identitĂ© caribĂ©enne ne se loge pas uniquement dans les plages cartes postales, mais dans ces architectures modestes, porteuses d’histoires familiales et de rĂ©sistances silencieuses.

Cette tension entre prĂ©servation et invention se lit aussi dans la crĂ©ation d’un fonds littĂ©raire crĂ©ole ayant soutenu 120 ouvrages en moins de dix ans, ainsi que dans un label musical qui a produit une vingtaine d’albums diffusĂ©s Ă  l’international. Les artistes accompagnĂ©s deviennent des ambassadeurs d’un centre martiniquais qui refuse la marginalitĂ© culturelle. La collectivitĂ© n’apparaĂźt plus comme une simple structure gestionnaire, mais comme un acteur de la scĂšne caribĂ©enne, capable de dialoguer avec la Guadeloupe, HaĂŻti, Cuba ou la RĂ©publique dominicaine.

Pour mesurer cette dynamique, les observateurs évoquent souvent quelques réalisations phares :

À travers ces dispositifs, la culture devient un langage partagĂ© entre urbanistes, travailleurs sociaux, Ă©lus et habitants. Elle fournit des images, des sons, des mots, qui aident Ă  dĂ©battre d’axes routiers, de rĂ©habilitation de logements, d’occupation commerciale des trottoirs. Le jour oĂč un adolescent cite un morceau produit grĂące au label de la CACEM pour dĂ©crire son quartier, on mesure que l’amĂ©nagement a changĂ© de registre. Ce croisement intime entre art et espace prĂ©pare, en filigrane, les questions plus techniques de durabilitĂ© et de transition Ă©cologique.

Développement durable et innovation sociale : une écologie ancrée dans la vie quotidienne

Dans la bouche de Marcelle Poirriez, les mots dĂ©veloppement durable n’ont rien du slogan interchangeable. Ils renvoient Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© trĂšs concrĂšte d’une Ăźle caribĂ©enne dĂ©pendante des importations, exposĂ©e aux alĂ©as climatiques et marquĂ©e par des inĂ©galitĂ©s sociales persistantes. Sa rĂ©ponse ne passe ni par une technophilie naĂŻve ni par une injonction morale, mais par une sĂ©rie de projets qui s’agrĂšgent comme les piĂšces d’un puzzle.

L’installation de panneaux photovoltaĂŻques sur des bĂątiments publics illustre cette mĂ©thode. Annoncer 200 Ă  250 kW installĂ©s en quelques annĂ©es peut sembler abstrait; mais penser aux Ă©coles, aux Ă©quipements sportifs, aux centres culturels qui rĂ©duisent leur facture Ă©nergĂ©tique et rĂ©investissent une partie des Ă©conomies dans des activitĂ©s pĂ©dagogiques ou sociales rend l’impact soudain tangible. L’énergie devient un levier de redistribution locale, pas seulement un poste comptable.

Les campagnes de tri sĂ©lectif suivent la mĂȘme logique. PlutĂŽt que de se limiter Ă  des affiches convenues, la CACEM met en place, sous son impulsion, des ateliers dans les quartiers, des rencontres intergĂ©nĂ©rationnelles, des actions en milieu scolaire. La progression du tri, estimĂ©e entre 35 et 40 %, raconte une histoire de voisinage autant qu’une amĂ©lioration de la collecte. Une grand-mĂšre de Fort-de-France qui explique Ă  ses petits-enfants comment trier en Ă©voquant les anciennes dĂ©charges sauvages, c’est dĂ©jĂ  une pĂ©dagogie de la transformation.

Les formations aux mĂ©tiers verts complĂštent cette Ă©cologie du quotidien. En deux ans, prĂšs de 90 diplĂŽmĂ©s rejoignent le marchĂ© du travail, Ă©lectriciens spĂ©cialisĂ©s dans le solaire, techniciens de maintenance d’équipements Ă©conomes, jeunes entrepreneurs qui lancent des micro-entreprises de rĂ©paration ou d’audit Ă©nergĂ©tique. L’économie verte cesse d’ĂȘtre un concept abstrait et se matĂ©rialise dans des emplois, des factures, des services rendus Ă  la population.

En filigrane, une conviction se dessine : la transition Ă©cologique en Martinique ne se dĂ©crĂšte pas, elle se tisse avec les aspirations sociales. C’est pourquoi tant de ses projets combinent enjeux environnementaux et solidaritĂ©. Les centres Ă©ducatifs qui accompagnent jusqu’à 220 enfants dĂ©favorisĂ©s chaque annĂ©e ne sont pas seulement des espaces de soutien scolaire; ils deviennent aussi des lieux oĂč l’on parle d’eau potable, de climat, de circuits courts, en lien avec des visites de terrain, des jardins partagĂ©s, des animations artistiques.

Cette articulation apparaßt particuliÚrement nettement quand la CACEM déploie, sous sa coordination, des actions structurantes que certains documents internes synthétisent ainsi :

Chaque initiative fonctionne comme une coupe de cheveux rĂ©ussie sur un visage longtemps nĂ©gligĂ© : elle redessine les lignes sans trahir ce qui fait l’identitĂ© de dĂ©part. Le dĂ©veloppement durable, ici, ne maquille pas le territoire, il le rĂ©vĂšle diffĂ©rent, plus autonome, plus conscient de ses fragilitĂ©s et de ses forces. Cette capacitĂ© Ă  relier l’écologie Ă  la dignitĂ© sociale prĂ©pare le terrain pour la derniĂšre dimension de son hĂ©ritage, celle qui se joue au-delĂ  mĂȘme de sa disparition.

HĂ©ritage, mĂ©moire et futur du territoire : ce que raconte l’engagement de Marcelle Poirriez

Quand la nouvelle du dĂ©cĂšs de Marcelle Poirriez CACEM Martinique tombe le 23 aoĂ»t 2024, le choc excĂšde largement le cercle des agents de la collectivitĂ©. Les hommages qui suivent rĂ©vĂšlent l’étendue de son empreinte dans les rĂ©seaux associatifs, chez les artistes, dans les Ă©tablissements scolaires, chez des entrepreneurs qui n’avaient parfois rencontrĂ© qu’une seule fois cette femme, mais qui Ă©voquent ce rendez-vous comme un moment dĂ©cisif. La cellule psychologique ouverte pour les collĂšgues prend alors un sens plus large : il s’agit aussi de reconnaĂźtre qu’un certain type de lien public a Ă©tĂ© rompu.

Les obsĂšques, le 30 septembre 2024, deviennent un espace de synthĂšse inattendu. Au mĂȘme endroit se croisent des Ă©lus, des danseurs de bĂšlĂš, des techniciens de l’urbanisme, des Ă©ducatrices, des artisans, des familles accompagnĂ©es par les centres Ă©ducatifs. Beaucoup racontent une anecdote plutĂŽt qu’un grand projet : une visite de terrain sous la pluie, un appel passĂ© tard le soir pour dĂ©bloquer une subvention, un sourire Ă©changĂ© en sortant d’une rĂ©union tendue. Ce sont ces dĂ©tails, Ă  la fois modestes et obstinĂ©s, qui laissent deviner ce qu’elle a cherchĂ© Ă  faire de la collectivitĂ© : non pas une machine, mais une prĂ©sence.

L’instauration du Fonds Marcelle Poirriez, dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation artistique et culturelle sur le territoire, matĂ©rialise cette volontĂ© de prolonger plus qu’un nom. Le fonds finance des rĂ©sidences d’artistes, des projets d’écriture, des ateliers dans les quartiers oĂč les Ă©quipements restent rares. Certaines Ă©coles et structures Ă©ducatives prennent Ă©galement son nom, inscrivant sa mĂ©moire dans le quotidien des enfants plutĂŽt que sur une simple plaque institutionnelle. Un enfant qui dira « je vais au centre Marcelle Poirriez » habitera sans le savoir cette filiation.

Dans la continuitĂ© de son travail, plusieurs chantiers sont aujourd’hui Ă©voquĂ©s comme des prolongements directs de sa vision : la digitalisation des archives ethnographiques pour rendre accessible au plus grand nombre les rĂ©cits de la Martinique, la crĂ©ation d’un centre mobile de littĂ©rature crĂ©ole qui circulerait entre les communes de la CACEM, ou encore un rĂ©seau caribĂ©en d’échanges musicaux qui placerait la collectivitĂ© au cƓur d’une constellation culturelle rĂ©gionale.

Ces perspectives disent quelque chose d’essentiel sur le rapport entre individu et institution. Les politiques publiques ne tiennent pas uniquement par des dĂ©libĂ©rations ou des budgets, mais aussi par des façons d’habiter les postes, de parler du territoire, de regarder les habitants. L’hĂ©ritage de Marcelle Poirriez se loge autant dans des chiffres trĂšs concrets – kilowatts installĂ©s, pourcentage de tri, nombre de jeunes formĂ©s – que dans une maniĂšre d’aborder les questions de pouvoir et de responsabilitĂ©. Pour elle, une collectivitĂ© ne s’imposait pas Ă  la population, elle se construisait avec elle, dans le conflit parfois, mais sans renoncer Ă  la proximitĂ©.

À l’échelle de la Martinique, cette histoire rejoint une interrogation plus vaste : comment une Ăźle caribĂ©enne, longtemps relĂ©guĂ©e aux marges des grands rĂ©cits gĂ©opolitiques, Ă©crit-elle son propre futur Ă  partir de ses forces locales ? Les projets menĂ©s Ă  la CACEM suggĂšrent une rĂ©ponse : en acceptant que l’urbanisme, le dĂ©veloppement Ă©conomique, la culture et la solidaritĂ© ne soient pas quatre dossiers sĂ©parĂ©s, mais quatre angles d’une mĂȘme question, celle de la dignitĂ© collective. Ce que son nom continue de porter, dans les couloirs comme dans les quartiers, c’est cette idĂ©e simple et radicale : chaque choix de politique publique, mĂȘme minuscule, redessine un peu la façon dont une communautĂ© se regarde dans le miroir.

Quel a été le rÎle central de Marcelle Poirriez à la CACEM en Martinique ?

Son rĂŽle a consistĂ© Ă  relier des domaines souvent cloisonnĂ©s – urbanisme, dĂ©veloppement durable, culture et action sociale – pour en faire une stratĂ©gie territoriale cohĂ©rente. À la CACEM, elle a portĂ© des projets structurants qui ont touchĂ© Ă  la fois les infrastructures, la vie associative et l’entrepreneuriat local, donnant au centre de la Martinique une identitĂ© plus affirmĂ©e et plus solidaire.

Comment ses actions ont-elles influencĂ© le dĂ©veloppement durable sur l’üle ?

Elle a impulsĂ© des programmes d’énergies renouvelables, de gestion des dĂ©chets et de formations aux mĂ©tiers verts, avec des rĂ©sultats mesurables comme l’installation de capacitĂ©s photovoltaĂŻques nouvelles, une progression nette du tri sĂ©lectif et la qualification de dizaines de jeunes dans les filiĂšres Ă©cologiques. Cette Ă©cologie ancrĂ©e dans la vie quotidienne a rĂ©duit certaines vulnĂ©rabilitĂ©s de l’üle tout en crĂ©ant des opportunitĂ©s Ă©conomiques.

En quoi son travail culturel dépasse-t-il la simple animation ?

Les festivals, le fonds littĂ©raire crĂ©ole, la restauration de cases et le label musical ont servi d’outils pour interroger la mĂ©moire, occuper autrement l’espace public et renforcer la fiertĂ© martiniquaise. La culture, telle qu’elle la concevait, soutenait la cohĂ©sion sociale, nourrissait les dĂ©bats sur l’amĂ©nagement du territoire et plaçait la Martinique au cƓur des Ă©changes caribĂ©ens contemporains.

Quel impact social concret ont eu ses projets Ă  la CACEM ?

Ses actions ont abouti Ă  la crĂ©ation de centres Ă©ducatifs pour enfants dĂ©favorisĂ©s, Ă  l’organisation de forums intergĂ©nĂ©rationnels et Ă  l’accompagnement individualisĂ© de nombreux porteurs de projets. Ces dispositifs ont renforcĂ© l’accĂšs Ă  l’éducation, soutenu l’artisanat local et amĂ©liorĂ© la cohĂ©sion entre communes, en particulier dans les zones les plus fragiles socialement.

Comment son hĂ©ritage est-il prolongĂ© aujourd’hui en Martinique ?

Son hĂ©ritage se prolonge Ă  travers le Fonds Marcelle Poirriez, la dĂ©nomination d’écoles et de centres Ă©ducatifs, ainsi que des projets en cours comme la numĂ©risation des archives ethnographiques ou les plateformes itinĂ©rantes dĂ©diĂ©es Ă  la littĂ©rature crĂ©ole. Au-delĂ  de ces dispositifs, sa façon de penser la collectivitĂ© comme un espace de proximitĂ© et de responsabilitĂ© partagĂ©e continue d’inspirer les Ă©quipes de la CACEM et de nombreux acteurs du territoire.

Signé Manuel Vasquez

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