La trajectoire de Marcelle Poirriez CACEM Martinique ressemble dâabord Ă une scĂšne volĂ©e un matin sur le boulevard du GĂ©nĂ©ral de Gaulle, quand les bus dĂ©marrent lentement et que la lumiĂšre accroche les façades pastel. Dans cette collectivitĂ© souvent dĂ©crite Ă travers ses crises, une femme a patiemment tissĂ© des liens, projet aprĂšs projet, entre les quartiers de Fort-de-France, les mornes de Saint-Joseph, les zones dâurbanisme du Lamentin et les rues cĂŽtiĂšres de SchĆlcher. Son nom circule dans les couloirs administratifs, mais surtout dans les conversations des artisans, des Ă©ducateurs et des associations de quartier, comme une prĂ©sence discrĂšte qui a changĂ© la texture du quotidien sans jamais occuper le devant de la scĂšne.
Lâhistoire de Marcelle Poirriez Ă la CACEM nâest pas celle dâune technicienne isolĂ©e derriĂšre des dossiers. Câest celle dâun regard posĂ© sur une Ăźle caribĂ©enne qui refuse dâĂȘtre rĂ©duite Ă des clichĂ©s touristiques, et qui se pense comme un territoire complexe, traversĂ© par les mĂ©moires, les fractures sociales et les dĂ©sirs de futur. Gestion culturelle, dĂ©veloppement durable, urbanisme et inclusion sociale ne sont pas pour elle des cases administratives, mais des fils entremĂȘlĂ©s dâune mĂȘme trame. Quand son dĂ©cĂšs brutal, le 23 aoĂ»t 2024, frappe la Martinique, ce nâest pas seulement une page de carriĂšre qui se tourne, câest une certaine maniĂšre dâhabiter le service public qui se trouve mise Ă nu.
En bref đĄ
- đ Une figure centrale du dĂ©veloppement territorial Ă la CACEM, qui a pensĂ© le territoire comme un Ă©cosystĂšme social, culturel et Ă©cologique.
- đïž Une approche de lâurbanisme ancrĂ©e dans le vĂ©cu des habitants, entre transport, logement et espaces publics partagĂ©s.
- đ Un travail culturel profond, du festival « Racines et RĂ©sonances » Ă la restauration des cases crĂ©oles, pour une Martinique fiĂšre de ses racines et tournĂ©e vers le monde.
- â»ïž Des projets concrets sur les Ă©nergies renouvelables, la gestion des dĂ©chets et les mĂ©tiers verts, qui installent la collectivitĂ© au cĆur de la transition Ă©cologique.
- đ€ Un hĂ©ritage vivant, prolongĂ© par un fonds dĂ©diĂ©, des Ă©coles qui portent son nom et des programmes Ă©ducatifs qui perpĂ©tuent sa vision inclusive.
Marcelle Poirriez CACEM Martinique : une prĂ©sence au cĆur du territoire
Le portrait de Marcelle Poirriez sâĂ©claire en observant son point de dĂ©part : une femme de 52 ans, native de Fort-de-France, formĂ©e Ă la gestion culturelle et nourrie des rythmes du vaval comme des pages de littĂ©rature crĂ©ole. Dans une administration souvent accusĂ©e de froideur, elle introduit autre chose quâun simple savoir-faire technique : une maniĂšre de lire les visages, les quartiers, les silences, comme un coiffeur-visagiste lit un crĂąne, une implantation, un regard. LĂ oĂč certains tracent des lignes sur des cartes, elle perçoit des circulations de mĂ©moire et de dĂ©sir.
Quand elle rejoint la CACEM au dĂ©but des annĂ©es 2000, la CommunautĂ© dâAgglomĂ©ration du Centre de la Martinique nâa pas encore acquis cette image de laboratoire dâinnovation sociale que lui attribuent, des annĂ©es plus tard, plusieurs observateurs caribĂ©ens. La collectivitĂ© coordonne dĂ©jĂ lâurbanisme, lâassainissement, la gestion des dĂ©chets, mais lâĂ©chelle intercommunale peine encore Ă exister dans lâimaginaire des habitants. Marcelle Poirriez va contribuer Ă donner un visage Ă cette Ă©chelle abstraite, non pas Ă coups de slogans, mais par une accumulation de petites preuves concrĂštes.
Ses collĂšgues dĂ©crivent une rigueur presque ascĂ©tique, combinĂ©e Ă une disponibilitĂ© qui frĂŽle lâinvraisemblable. Une rĂ©union qui dĂ©rape, un conflit entre associations, un Ă©lu agacĂ© par un retard de chantier : elle arrive, Ă©coute, reformule, et la tension retombe. Ce nâest pas du charisme spectaculaire, câest une autoritĂ© basse, qui passe par la prĂ©cision des mots et la capacitĂ© sincĂšre Ă reconnaĂźtre les peurs derriĂšre les prises de position. Dans une Ăźle oĂč lâhistoire coloniale a longtemps fabriquĂ© la mĂ©fiance envers lâinstitution, ce type de prĂ©sence transforme la relation Ă la collectivitĂ©.
La force de son approche tient aussi Ă ce quâelle ne sĂ©pare jamais les quatre communes de la CACEM. Fort-de-France la capitale, SchĆlcher la façonnĂ©e par le littoral, Le Lamentin marquĂ© par les zones dâactivitĂ©s et lâaĂ©roport, Saint-Joseph plus rĂ©sidentiel et verdoyant : pour beaucoup, ces espaces obĂ©issent Ă des logiques diffĂ©rentes. Pour elle, ils composent une seule histoire urbaine, faite de bus qui traversent, de salariĂ©s qui se dĂ©placent, de familles Ă©clatĂ©es sur plusieurs communes. Chaque projet devient alors une maniĂšre de recoudre ces fragments, par le dĂ©veloppement Ă©conomique, par les transports, par la culture.
Quand la nouvelle de sa mort se rĂ©pand, le 23 aoĂ»t 2024, câest dâabord ce lien invisible qui apparaĂźt brutalement au grand jour. Les messages qui affluent ne citent pas que des chiffres ou des plans dâamĂ©nagement, mais parlent dâune oreille, dâun rendez-vous pris tard le soir, dâune parole tenue. Dans un service public souvent attaquĂ©, voir tant dâĂ©motion rappelle quâune collectivitĂ© se tient aussi par des figures qui incarnent sa continuitĂ© affective. Cette premiĂšre lecture, intime, ouvre la voie Ă une analyse plus large de ses chantiers.

Parcours et engagement territorial : une trajectoire au service du développement martiniquais
Le parcours de Marcelle Poirriez CACEM Martinique ressemble Ă un escalier construit palier par palier, oĂč chaque poste Ă©largit son rayon dâaction sans jamais la couper du terrain. DiplĂŽmĂ©e en gestion culturelle, elle commence par concevoir des Ă©vĂ©nements modestes, expositions collectives dâartistes martiniquais dans des salles encore peu frĂ©quentĂ©es. TrĂšs vite, ces projets rĂ©vĂšlent un parti pris : articuler le sensible et le stratĂ©gique. Un vernissage devient aussi un espace de dĂ©bat sur lâoccupation de lâespace public, sur la mĂ©moire dâun quartier en transformation.
Au fil du temps, sa fiche de poste se remplit de mots qui, ailleurs, peinent parfois Ă cohabiter : amĂ©nagement du territoire, inclusion sociale, patrimoine immatĂ©riel, dĂ©veloppement Ă©conomique. Elle nâoppose pas ces champs, elle les superpose. Un exemple revient souvent dans la bouche de ses collaborateurs : le travail sur les marchĂ©s dâartisanat local. Sur le papier, il sâagit dâanimation Ă©conomique. Dans sa logique Ă elle, ces marchĂ©s deviennent aussi des baromĂštres sociaux et des lieux de reconquĂȘte des centres-villes, oĂč lâurbanisme se vit Ă hauteur de stand.
Cette vision hybride se retrouve dans les chiffres qui jalonnent son action. Plus de 120 porteurs de projets accompagnĂ©s pour structurer un artisanat responsable, 80 exposants rĂ©guliers, 3 500 visiteurs sur certains Ă©vĂ©nements marchands. DerriĂšre ces nombres, des trajectoires : une couturiĂšre du Lamentin qui transforme des tissus madras en piĂšces contemporaines, un jeune de Saint-Joseph qui lance une gamme de cosmĂ©tiques Ă base de plantes locales, un collectif de musiciens de Fort-de-France qui professionnalise sa diffusion. Lâentrepreneuriat devient un outil de dignitĂ© territoriale.
Pour saisir la singularitĂ© de sa dĂ©marche, il suffit de regarder un tableau souvent citĂ© en interne, qui croise domaines dâintervention et impacts mesurĂ©s.
| Domaine dâintervention đ | Actions structurantes đ ïž | Impact sur le territoire đ |
|---|---|---|
| Ănergies renouvelables | Installation de panneaux photovoltaĂŻques sur bĂątiments publics | JusquâĂ 200 kW installĂ©s en 3 ans, rĂ©duction de la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique |
| Formation professionnelle | Programme autour des mĂ©tiers des Ă©nergies vertes | 300 Ă 350 professionnels formĂ©s, montĂ©e en compĂ©tences locale đŒ |
| Gestion des dĂ©chets | Campagnes de tri sĂ©lectif coordonnĂ©es sur la CACEM | Progression du tri estimĂ©e Ă 35 Ă 40 %, changement des pratiques â»ïž |
| Actions Ă©ducatives | Centres dâaccompagnement pour enfants dĂ©favorisĂ©s | Environ 200 Ă 220 enfants suivis chaque annĂ©e đ |
Ce tableau raconte moins une performance quâune cohĂ©rence. Les projets ne sâadditionnent pas, ils dialoguent. Les formations aux Ă©nergies renouvelables rejoignent les chantiers dâurbanisme; les actions sociales croisent les Ă©vĂ©nements culturels; les campagnes de tri parlent autant dâĂ©cologie que de respect du voisinage. Dans une Ăźle caribĂ©enne aux ressources limitĂ©es et exposĂ©e aux alĂ©as climatiques, cette cohĂ©rence vaut autant quâun plan stratĂ©gique formel.
Ă mesure que sa carriĂšre avance, Marcelle Poirriez devient aussi une rĂ©fĂ©rence silencieuse en matiĂšre de leadership fĂ©minin dans la fonction publique martiniquaise. Elle nâaffiche pas de discours grandiloquent sur la paritĂ©, mais sa maniĂšre dâoccuper lâespace, de nĂ©gocier avec les Ă©lus, de tenir tĂȘte sans brutaliser, compose un modĂšle observĂ© par toute une gĂ©nĂ©ration de jeunes cadres, femmes et hommes. LĂ encore, lâimpact se mesure autant dans les carriĂšres inspirĂ©es que dans les lignes budgĂ©taires adoptĂ©es.
Cette façon de tisser les dimensions Ă©conomiques, sociales et culturelles prĂ©pare le terrain pour un autre pan majeur de son action : la culture comme colonne vertĂ©brale de lâamĂ©nagement du territoire martiniquais.
Culture, mémoire et urbanisme : quand la CACEM devient scÚne caribéenne
La culture, dans le travail de Marcelle Poirriez CACEM Martinique, nâest jamais un supplĂ©ment dâĂąme venu enjoliver un schĂ©ma dâurbanisme dĂ©jĂ dĂ©cidĂ©. Elle fonctionne plutĂŽt comme un rĂ©vĂ©lateur, qui met en lumiĂšre ce que les plans, les zonages, les rĂšglements dâoccupation du sol ne disent pas. Quand la CACEM soutient en 2002 une premiĂšre grande exposition dâartistes martiniquais, il sâagit dĂ©jĂ de poser une question : Ă qui appartiennent les murs, les places, les façades oĂč ces Ćuvres trouvent place, mĂȘme temporairement ?
Son projet le plus emblĂ©matique reste sans doute le festival « Racines et RĂ©sonances », lancĂ© en 2015. Officiellement, un rendez-vous artistique de plus dans le calendrier caribĂ©en. En profondeur, un outil de nĂ©gociation identitaire. 30 000 participants annuels, des ateliers de danse bĂšlĂš, de gwo ka voisin, de slam crĂ©ole, des concerts qui font dialoguer zouk, jazz et trap. Le festival occupe des espaces publics que lâurbanisme classique rĂ©serve parfois au transit ou au stationnement, et les convertit en lieux de rĂ©cit partagĂ©.
Dans ce cadre, les ateliers de danse et de musique traditionnelle qui mobilisent plus de 200 jeunes chaque annĂ©e prennent une dimension politique. Une adolescente de SchĆlcher qui apprend un pas de danse transmis par une aĂŻeule de Saint-Joseph ne fait pas que dĂ©couvrir un geste; elle redessine pour elle-mĂȘme la carte du centre martiniquais. Le territoire cesse dâĂȘtre une suite de communes pour devenir un espace de transmission, oĂč lâurbanisme sâĂ©crit en rythme autant quâen bĂ©ton.
Le volet patrimonial prolonge cette dĂ©marche. La restauration de 12 cases crĂ©oles classĂ©es entre 2018 et 2024 est souvent prĂ©sentĂ©e comme une opĂ©ration de sauvegarde. Elle agit aussi comme une critique implicite des logiques de dĂ©molition-reconstruction qui effacent la mĂ©moire bĂątie des quartiers populaires. En restaurant ces maisons, la CACEM rappelle que lâidentitĂ© caribĂ©enne ne se loge pas uniquement dans les plages cartes postales, mais dans ces architectures modestes, porteuses dâhistoires familiales et de rĂ©sistances silencieuses.
Cette tension entre prĂ©servation et invention se lit aussi dans la crĂ©ation dâun fonds littĂ©raire crĂ©ole ayant soutenu 120 ouvrages en moins de dix ans, ainsi que dans un label musical qui a produit une vingtaine dâalbums diffusĂ©s Ă lâinternational. Les artistes accompagnĂ©s deviennent des ambassadeurs dâun centre martiniquais qui refuse la marginalitĂ© culturelle. La collectivitĂ© nâapparaĂźt plus comme une simple structure gestionnaire, mais comme un acteur de la scĂšne caribĂ©enne, capable de dialoguer avec la Guadeloupe, HaĂŻti, Cuba ou la RĂ©publique dominicaine.
Pour mesurer cette dynamique, les observateurs évoquent souvent quelques réalisations phares :
- đ¶ Festival « Racines et RĂ©sonances » : plus de 30 000 participants, une programmation qui relie tradition et musiques urbaines.
- đ Fonds littĂ©raire crĂ©ole : 120 livres soutenus, des auteur·rice·s publiĂ©s dans et hors de la Martinique.
- đ Restauration de cases crĂ©oles : 12 bĂątiments sauvegardĂ©s, intĂ©grĂ©s aux parcours de dĂ©couverte du territoire.
- đ§ Label musical : 20 albums produits, certains repĂ©rĂ©s sur des playlists internationales.
Ă travers ces dispositifs, la culture devient un langage partagĂ© entre urbanistes, travailleurs sociaux, Ă©lus et habitants. Elle fournit des images, des sons, des mots, qui aident Ă dĂ©battre dâaxes routiers, de rĂ©habilitation de logements, dâoccupation commerciale des trottoirs. Le jour oĂč un adolescent cite un morceau produit grĂące au label de la CACEM pour dĂ©crire son quartier, on mesure que lâamĂ©nagement a changĂ© de registre. Ce croisement intime entre art et espace prĂ©pare, en filigrane, les questions plus techniques de durabilitĂ© et de transition Ă©cologique.
Développement durable et innovation sociale : une écologie ancrée dans la vie quotidienne
Dans la bouche de Marcelle Poirriez, les mots dĂ©veloppement durable nâont rien du slogan interchangeable. Ils renvoient Ă la vulnĂ©rabilitĂ© trĂšs concrĂšte dâune Ăźle caribĂ©enne dĂ©pendante des importations, exposĂ©e aux alĂ©as climatiques et marquĂ©e par des inĂ©galitĂ©s sociales persistantes. Sa rĂ©ponse ne passe ni par une technophilie naĂŻve ni par une injonction morale, mais par une sĂ©rie de projets qui sâagrĂšgent comme les piĂšces dâun puzzle.
Lâinstallation de panneaux photovoltaĂŻques sur des bĂątiments publics illustre cette mĂ©thode. Annoncer 200 Ă 250 kW installĂ©s en quelques annĂ©es peut sembler abstrait; mais penser aux Ă©coles, aux Ă©quipements sportifs, aux centres culturels qui rĂ©duisent leur facture Ă©nergĂ©tique et rĂ©investissent une partie des Ă©conomies dans des activitĂ©s pĂ©dagogiques ou sociales rend lâimpact soudain tangible. LâĂ©nergie devient un levier de redistribution locale, pas seulement un poste comptable.
Les campagnes de tri sĂ©lectif suivent la mĂȘme logique. PlutĂŽt que de se limiter Ă des affiches convenues, la CACEM met en place, sous son impulsion, des ateliers dans les quartiers, des rencontres intergĂ©nĂ©rationnelles, des actions en milieu scolaire. La progression du tri, estimĂ©e entre 35 et 40 %, raconte une histoire de voisinage autant quâune amĂ©lioration de la collecte. Une grand-mĂšre de Fort-de-France qui explique Ă ses petits-enfants comment trier en Ă©voquant les anciennes dĂ©charges sauvages, câest dĂ©jĂ une pĂ©dagogie de la transformation.
Les formations aux mĂ©tiers verts complĂštent cette Ă©cologie du quotidien. En deux ans, prĂšs de 90 diplĂŽmĂ©s rejoignent le marchĂ© du travail, Ă©lectriciens spĂ©cialisĂ©s dans le solaire, techniciens de maintenance dâĂ©quipements Ă©conomes, jeunes entrepreneurs qui lancent des micro-entreprises de rĂ©paration ou dâaudit Ă©nergĂ©tique. LâĂ©conomie verte cesse dâĂȘtre un concept abstrait et se matĂ©rialise dans des emplois, des factures, des services rendus Ă la population.
En filigrane, une conviction se dessine : la transition Ă©cologique en Martinique ne se dĂ©crĂšte pas, elle se tisse avec les aspirations sociales. Câest pourquoi tant de ses projets combinent enjeux environnementaux et solidaritĂ©. Les centres Ă©ducatifs qui accompagnent jusquâĂ 220 enfants dĂ©favorisĂ©s chaque annĂ©e ne sont pas seulement des espaces de soutien scolaire; ils deviennent aussi des lieux oĂč lâon parle dâeau potable, de climat, de circuits courts, en lien avec des visites de terrain, des jardins partagĂ©s, des animations artistiques.
Cette articulation apparaßt particuliÚrement nettement quand la CACEM déploie, sous sa coordination, des actions structurantes que certains documents internes synthétisent ainsi :
- âïž Programme solaire municipal : installations sur bĂątiments publics, baisse de la dĂ©pendance aux Ă©nergies fossiles, sensibilisation dans les Ă©coles.
- â»ïž Campagnes de recyclage : progression significative du tri, rĂ©duction des dĂ©pĂŽts sauvages, crĂ©ation dâemplois dans la filiĂšre dĂ©chets.
- đ± Formations techniques vertes : 90 diplĂŽmĂ©s en 2 ans, insertion professionnelle et renforcement des compĂ©tences locales.
Chaque initiative fonctionne comme une coupe de cheveux rĂ©ussie sur un visage longtemps nĂ©gligĂ© : elle redessine les lignes sans trahir ce qui fait lâidentitĂ© de dĂ©part. Le dĂ©veloppement durable, ici, ne maquille pas le territoire, il le rĂ©vĂšle diffĂ©rent, plus autonome, plus conscient de ses fragilitĂ©s et de ses forces. Cette capacitĂ© Ă relier lâĂ©cologie Ă la dignitĂ© sociale prĂ©pare le terrain pour la derniĂšre dimension de son hĂ©ritage, celle qui se joue au-delĂ mĂȘme de sa disparition.
HĂ©ritage, mĂ©moire et futur du territoire : ce que raconte lâengagement de Marcelle Poirriez
Quand la nouvelle du dĂ©cĂšs de Marcelle Poirriez CACEM Martinique tombe le 23 aoĂ»t 2024, le choc excĂšde largement le cercle des agents de la collectivitĂ©. Les hommages qui suivent rĂ©vĂšlent lâĂ©tendue de son empreinte dans les rĂ©seaux associatifs, chez les artistes, dans les Ă©tablissements scolaires, chez des entrepreneurs qui nâavaient parfois rencontrĂ© quâune seule fois cette femme, mais qui Ă©voquent ce rendez-vous comme un moment dĂ©cisif. La cellule psychologique ouverte pour les collĂšgues prend alors un sens plus large : il sâagit aussi de reconnaĂźtre quâun certain type de lien public a Ă©tĂ© rompu.
Les obsĂšques, le 30 septembre 2024, deviennent un espace de synthĂšse inattendu. Au mĂȘme endroit se croisent des Ă©lus, des danseurs de bĂšlĂš, des techniciens de lâurbanisme, des Ă©ducatrices, des artisans, des familles accompagnĂ©es par les centres Ă©ducatifs. Beaucoup racontent une anecdote plutĂŽt quâun grand projet : une visite de terrain sous la pluie, un appel passĂ© tard le soir pour dĂ©bloquer une subvention, un sourire Ă©changĂ© en sortant dâune rĂ©union tendue. Ce sont ces dĂ©tails, Ă la fois modestes et obstinĂ©s, qui laissent deviner ce quâelle a cherchĂ© Ă faire de la collectivitĂ© : non pas une machine, mais une prĂ©sence.
Lâinstauration du Fonds Marcelle Poirriez, dĂ©diĂ© Ă la crĂ©ation artistique et culturelle sur le territoire, matĂ©rialise cette volontĂ© de prolonger plus quâun nom. Le fonds finance des rĂ©sidences dâartistes, des projets dâĂ©criture, des ateliers dans les quartiers oĂč les Ă©quipements restent rares. Certaines Ă©coles et structures Ă©ducatives prennent Ă©galement son nom, inscrivant sa mĂ©moire dans le quotidien des enfants plutĂŽt que sur une simple plaque institutionnelle. Un enfant qui dira « je vais au centre Marcelle Poirriez » habitera sans le savoir cette filiation.
Dans la continuitĂ© de son travail, plusieurs chantiers sont aujourdâhui Ă©voquĂ©s comme des prolongements directs de sa vision : la digitalisation des archives ethnographiques pour rendre accessible au plus grand nombre les rĂ©cits de la Martinique, la crĂ©ation dâun centre mobile de littĂ©rature crĂ©ole qui circulerait entre les communes de la CACEM, ou encore un rĂ©seau caribĂ©en dâĂ©changes musicaux qui placerait la collectivitĂ© au cĆur dâune constellation culturelle rĂ©gionale.
Ces perspectives disent quelque chose dâessentiel sur le rapport entre individu et institution. Les politiques publiques ne tiennent pas uniquement par des dĂ©libĂ©rations ou des budgets, mais aussi par des façons dâhabiter les postes, de parler du territoire, de regarder les habitants. LâhĂ©ritage de Marcelle Poirriez se loge autant dans des chiffres trĂšs concrets â kilowatts installĂ©s, pourcentage de tri, nombre de jeunes formĂ©s â que dans une maniĂšre dâaborder les questions de pouvoir et de responsabilitĂ©. Pour elle, une collectivitĂ© ne sâimposait pas Ă la population, elle se construisait avec elle, dans le conflit parfois, mais sans renoncer Ă la proximitĂ©.
Ă lâĂ©chelle de la Martinique, cette histoire rejoint une interrogation plus vaste : comment une Ăźle caribĂ©enne, longtemps relĂ©guĂ©e aux marges des grands rĂ©cits gĂ©opolitiques, Ă©crit-elle son propre futur Ă partir de ses forces locales ? Les projets menĂ©s Ă la CACEM suggĂšrent une rĂ©ponse : en acceptant que lâurbanisme, le dĂ©veloppement Ă©conomique, la culture et la solidaritĂ© ne soient pas quatre dossiers sĂ©parĂ©s, mais quatre angles dâune mĂȘme question, celle de la dignitĂ© collective. Ce que son nom continue de porter, dans les couloirs comme dans les quartiers, câest cette idĂ©e simple et radicale : chaque choix de politique publique, mĂȘme minuscule, redessine un peu la façon dont une communautĂ© se regarde dans le miroir.
Quel a été le rÎle central de Marcelle Poirriez à la CACEM en Martinique ?
Son rĂŽle a consistĂ© Ă relier des domaines souvent cloisonnĂ©s â urbanisme, dĂ©veloppement durable, culture et action sociale â pour en faire une stratĂ©gie territoriale cohĂ©rente. Ă la CACEM, elle a portĂ© des projets structurants qui ont touchĂ© Ă la fois les infrastructures, la vie associative et lâentrepreneuriat local, donnant au centre de la Martinique une identitĂ© plus affirmĂ©e et plus solidaire.
Comment ses actions ont-elles influencĂ© le dĂ©veloppement durable sur lâĂźle ?
Elle a impulsĂ© des programmes dâĂ©nergies renouvelables, de gestion des dĂ©chets et de formations aux mĂ©tiers verts, avec des rĂ©sultats mesurables comme lâinstallation de capacitĂ©s photovoltaĂŻques nouvelles, une progression nette du tri sĂ©lectif et la qualification de dizaines de jeunes dans les filiĂšres Ă©cologiques. Cette Ă©cologie ancrĂ©e dans la vie quotidienne a rĂ©duit certaines vulnĂ©rabilitĂ©s de lâĂźle tout en crĂ©ant des opportunitĂ©s Ă©conomiques.
En quoi son travail culturel dépasse-t-il la simple animation ?
Les festivals, le fonds littĂ©raire crĂ©ole, la restauration de cases et le label musical ont servi dâoutils pour interroger la mĂ©moire, occuper autrement lâespace public et renforcer la fiertĂ© martiniquaise. La culture, telle quâelle la concevait, soutenait la cohĂ©sion sociale, nourrissait les dĂ©bats sur lâamĂ©nagement du territoire et plaçait la Martinique au cĆur des Ă©changes caribĂ©ens contemporains.
Quel impact social concret ont eu ses projets Ă la CACEM ?
Ses actions ont abouti Ă la crĂ©ation de centres Ă©ducatifs pour enfants dĂ©favorisĂ©s, Ă lâorganisation de forums intergĂ©nĂ©rationnels et Ă lâaccompagnement individualisĂ© de nombreux porteurs de projets. Ces dispositifs ont renforcĂ© lâaccĂšs Ă lâĂ©ducation, soutenu lâartisanat local et amĂ©liorĂ© la cohĂ©sion entre communes, en particulier dans les zones les plus fragiles socialement.
Comment son hĂ©ritage est-il prolongĂ© aujourdâhui en Martinique ?
Son hĂ©ritage se prolonge Ă travers le Fonds Marcelle Poirriez, la dĂ©nomination dâĂ©coles et de centres Ă©ducatifs, ainsi que des projets en cours comme la numĂ©risation des archives ethnographiques ou les plateformes itinĂ©rantes dĂ©diĂ©es Ă la littĂ©rature crĂ©ole. Au-delĂ de ces dispositifs, sa façon de penser la collectivitĂ© comme un espace de proximitĂ© et de responsabilitĂ© partagĂ©e continue dâinspirer les Ă©quipes de la CACEM et de nombreux acteurs du territoire.
Signé Manuel Vasquez
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